UNEA - Union Nationale des Entreprises Adaptées
Published on UNEA - Union Nationale des Entreprises Adaptées (https://www.unea.fr)

Accueil > Un parcours conduit par une sensibilité à la technique et la confiance en l’humain

Retour à la liste des actualités
Portrait d'Entreprise Adaptée

Un parcours conduit par une sensibilité à la technique et la confiance en l’humain

Publiée le 01 Juin 2026 par Marion BAUD
Portrait de Gérald Rousset, président de AGEA —Dolomieu (Isère) qui a rejoint le réseau UNEA cette année.
  • Partager cette page sur Facebook
  • Partager cette page sur Twitter
  • Partager cette page sur LinkedIn
  • Partager cette page sur Viadeo
  • Envoyer à un ami
  • Print
entrée AGEA

Avec un parcours à l’international chez HP puis chez Mafelec notamment, Gérald Rousset a passé vingt ans à optimiser les process industriels, d’achats et logistiques pour des grands groupes avant de créer, en 2011, ce qu'il cherchait sans le trouver. C’est ainsi qu’est née l’Entreprise Adaptée AGEA, capable de proposer des prestations techniques réalisées par des hommes et des femmes à qui personne ne l'avait encore proposé. L’entreprise emploie aujourd'hui vingt-trois salariés, elle monte, câble et assemble des pièces de TGV, d'avions et d'appareils para-médicaux, et assure le marquage de vêtements et objets publicitaires. C’est avec une grande fierté qu’elle affiche zéro accident du travail depuis sa création.

Un parcours hors du commun qui est la preuve que tout est possible

Gérald Rousset commence sa vie professionnelle au SAMU de Grenoble, comme ambulancier. Ce n'est pas l'entrée habituelle dans le monde industriel mais Hewlet Packard lance alors un programme de recrutement massif dans la région, avec des formations internes en achat et finance. Il saisit l'occasion et suit quatre ans à la fac en parallèle, il bascule ensuite vers le process industriel, obtient une certification Six Sigma, et finit par prendre la direction des achats et de la logistique de Mafelec Group, ancienne filiale de Schneider. Dix ans au même poste, avec des missions en Inde, au Mexique, dans les pays de l'Est…

"J'aimais bien tout ce qui est technique".

Cette sensibilité se retrouvera tout au long de son parcours.

C'est durant ces années d'audit et de sourcing que germe l'idée d'AGEA. Cherchant à rapatrier une partie de la production externalisée à l'étranger, il s'appuie sur des structures locales dont l’AFIPAEIM (devenue AFIPH qui a plusieurs ESAT). Gérald constate qu'il manque, dans le bassin isérois, des structures capables d'absorber des prestations plus complexes. Il voit un espace vacant. S'y ajoute un motif personnel, évoqué sans mise en scène : son fils, porteur de handicap.

"Je me suis dit, je peux peut-être conjuguer les deux.".

Ces deux raisons valaient bien une entreprise. Il déposera les statuts d’AGEA en 2011.

Des prises de TGV aux connecteurs d'avion : une Entreprise Adaptée qui vise la niche

AGEA développe deux activités : la sous-traitance industrielle, qui représente les trois quarts de son chiffre d'affaires, et le marquage de vêtements et objets publicitaires. Sur le premier volet, la stratégie consiste à cibler délibérément des secteurs exigeants (ferroviaire, aéronautique, paramédical, automobile), sur des productions très spécifiques plutôt que de subir une forte concurrence sur des volumes standardisés.

Le résultat le plus visible : AGEA assemble les prises électriques des rames TGV et des trains Siemens en Allemagne, 60 000 unités par an sortent de son atelier, bientôt complétées par 30 000 connecteurs USB-C. Elle travaille également sur des composants pour l'aéronautique, des appareils d'hygiène bucco-dentaire pour le marché européen, des micro-switchs dont la destination militaire reste confidentielle. Pour l'aéronautique, chaque heure de production donne lieu à un enregistrement qualité : pieds à coulisse, mesures, archivage systématique.

"On est les seuls à assembler ces prises ferroviaires", note Monsieur Rousset.

Perdre ce client n'est évidemment pas une option. Chaque opérateur le sait.

Zéro accident, organisation horizontale : un atelier conçu pour durer

Le modèle d'organisation d'AGEA porte la marque de ses années passées à visiter des usines à travers le monde où il a « pioché » les meilleures idées. Un accent particulier est apporté à la prévention des TMS avec une rotation des postes toutes les demi-journées, alternance assis-debout toutes les deux heures, rangement collectif le vendredi. Il n’y a pas de chef de ligne attitré : des « leaders de zone » restent également opérateurs sur les autres postes. Gérald Rousset lui-même conduit le chariot élévateur.

"C'est ultra horizontal", dit-il, sans revendiquer aucune étiquette managériale particulière.

"C'est un mix de fonctionnements qui m’ont parus pertinents dans plusieurs entreprises que j'avais observées et que j’ai voulu reproduire."

La conception des postes de travail obéit à la même logique de prévention : détrompeurs qui rendent l'erreur difficile avant de la rendre impossible, commandes bimanuelles là où un outil tranchant présente un risque, angles de travail maintenus en dessous de quarante-cinq degrés pour préserver les épaules. Résultat, après quatorze ans : aucun accident du travail  et c’est une grand fierté.

atelier.jpg

Atelier AGEA

Des talents qu'on ne cherchait pas là

Le dirigeant le formule simplement : son leitmotiv de départ, c'était de faire entrer dans des métiers techniques des personnes que l'on n'y imaginait pas. Il cite quelques exemples, sans les enjoliver. Une ancienne coiffeuse qui a produit deux cents masques chirurgicaux par jour pendant la crise sanitaire. Une salariée venue pour la sous-traitance qui s’est découvert un talent pour la broderie et ouvert une boutique dans la Drôme après six ans chez AGEA.

La première salariée, recrutée en 2012, qui lui a dit un jour : "Travailler chez toi, ça m'a sorti de la galère".

Elle vient de partir à la retraite après plus de dix ans de maison.

L'entreprise accueille également, chaque jeudi, trois à cinq jeunes de l'IME de La Tour-du-Pin, âgés de seize à vingt ans, en parcours d'orientation. Ils tournent dans l'atelier, découvrent les postes, font l'expérience concrète de ce que travailler signifie. Un bilan individuel, en fin d'année, oriente la suite.

La suite, c'est Grégoire

La transmission se prépare depuis plusieurs années. Grégoire Rousset, fils de Gérald, profil scientifique complété d’un DUT en Gestion d’entreprise, gère la partie marquage publicitaire et représente de plus en plus souvent l'entreprise dans les réseaux professionnels, en alternance avec son père.

"Dans quatre ou cinq ans, il prendra la suite » nous confie ce dernier.

AGEA vient de réadhérer à l'UNEA après une longue parenthèse.

Le président s'en explique sans détour : « les premières années ont exigé une concentration totale sur la vie de l'entreprise, le COVID a prolongé l'isolement, et l'heure d'un engagement collectif n'était pas venue. Elle l'est maintenant ».

Le parallèle qu'il trace avec le monde agricole, dont les acteurs trop dispersés subissent des prix qu'ils ne fixent pas, dit assez ce qu'il attend de l'UNEA : « une capacité à peser ensemble plutôt qu'à encaisser séparément ». "La performance qui a du sens ?" ça parle complètement à celui qui place la qualité au cœur de ses premières valeurs pour l’entreprise.  Et pour illustrer sur le sens, un client vient de faire basculer un marché de vêtements en faveur d'AGEA, précisément parce que la dimension ESS pesait dans l'arbitrage.

"Ça peut faire basculer, quand tout est à la limite".

AGEA réfléchit par ailleurs à de nouvelles activités pour préparer l’avenir. Grégoire s'en occupe.
 
*AGEA — Assemblage, câblage, marquage - Dolomieu (Isère) - 23 salariés - Fondée en 2011*