Ressources Humaines
Parution du tableau de bord 2025 de l’Agefiph : quand les chiffres interrogent la trajectoire du PLF 2026

Un arbitrage discret au cœur de la FIE 2026
La circulaire d’instruction du Fonds d’inclusion dans l’emploi, transmise aux préfets le 23 avril, fixe à 471,8 millions d’euros le budget alloue aux Entreprises Adaptées pour l’année en cours. La baisse atteint 2,05 % par rapport au cadrage initial. Plus signifiant encore que le pourcentage, la circulaire précise explicitement que les enveloppes dédiées à la transition professionnelle, à savoir le CDD Tremplin, les mises à disposition et les EATT, sont préservées. La baisse pèse donc entièrement sur les ETP socle, dont le nombre notifié recule de 8 % depuis 2022, passant de 26 514 à 24 321 postes.
Un public que les employeurs classiques continuent d’écarter
Cette ligne budgétaire frappe le cœur opérationnel des Entreprises Adaptées : l’accueil durable des personnes les plus éloignées de l’emploi. Le nombre de demandeurs d’emploi bénéficiaires de l’obligation d’emploi (DEBOE) approche désormais des 570 000, soit une hausse de 16 % depuis fin 2022. Plus de la moitié de ces demandeurs ont 50 ans ou plus, et les reconnaissances de lourdeur du handicap progressent de 7 % en un an. La Cour des comptes le constate dans son rapport de janvier 2026 : 28 % des entreprises assujetties à l’obligation d’emploi n’embauchent aucun travailleur handicapé, et 35 % seulement atteignent leur quota légal. Les autres préfèrent la sous-traitance, la contribution financière ou les accords d’optimisation. La sensibilisation progresse ; la transformation des organisations, beaucoup moins.
Ce que la rentabilité collective devrait pourtant rappeler
L’arbitrage retenu par la FIE 2026 obéit à une logique apparente. La Cour des comptes a, dans le même rapport, jugé trop modestes les sorties des Entreprises Adaptées vers l’emploi ordinaire. Préserver les outils de transition tout en réduisant le socle pourrait répondre, sur le papier, à cette critique. Deux contradictions fragilisent pourtant cette lecture.
La première relève d’une logique opérationnelle. Le CDD Tremplin et les EATT supposent, par construction, un public déjà mobilisable. Le socle, lui, accueille celles et ceux que personne d’autre n’accueille. Réduire le second pour augmenter le premier ne reviendrait-il pas à demander plus de sorties tout en limitant les entrées ?
La seconde relève d’une logique comptable. Chaque emploi créé en Entreprise Adaptée génère un gain social estimé à 12 310 euros pour la collectivité. Le retour sur investissement public devient positif dès 107,3 % du SMIC, alors que la rémunération moyenne dans le secteur atteint 111,3 %. La politique publique se paie donc d’elle-même, et dégage un bénéfice net pour les finances publiques. Réduire le levier budgétaire d’un dispositif rentable obéit à un raisonnement dont la cohérence reste à établir.
Les résultats observés en 2025 n'ont pourtant rien de spontané. Ils sont le fruit d'un investissement public qui permet aux Entreprises Adaptées de compenser les conséquences du handicap dans l'emploi et de maintenir dans l'activité des personnes que les employeurs classiques peinent encore à recruter. Dès lors, une question se pose : comment préserver cette dynamique si les moyens alloués aux Entreprises Adaptées diminuent alors même que le nombre de demandeurs d'emploi bénéficiaires de l'obligation d'emploi continue de progresser ?
L’articulation entre FIE et évolution du chômage des travailleurs handicapés questionne
Le taux de consommation des crédits alloués aux Entreprises Adaptées a atteint 99,3 % en 2025, ce qui clôt le vieil argument d’une sous-consommation structurelle. Le tableau de bord et la circulaire FIE 2026, lus côte à côte, dessinent deux trajectoires qui semblent se contredire. Reste à comprendre pourquoi le budget du socle recule au moment où le chômage des travailleurs handicapés s’aggrave. La négociation des CPOM, en cours dans plus de la moitié des Entreprises Adaptées, offrira sans doute des occasions d’éclairer cette articulation.
