Vie associative

Assemblée générale 2017 : les rapports d'activité

Publiée le 06 Juin 2017 par Rédaction
Lors de l'Assemblée générale qui s'est tenue jeudi 1er juin 2017 à Paris, les adhérents ont pu découvrir les différents rapports (moral, d’activités, financiers, budgétaire, d’orientation) préparés par les équipes de l’UNEA.

Nous publions l'intégralité du rapport d'orientation du Président Stéphane Foisy. Vous pourrez télécharger les rapports d'activité 2016 en bas de page.

 

Rapport d’orientation: vers une nouvelle dimension pour le secteur adapté

 
Mesdames, Messieurs, 
Chers adhérents, chers militants, chers entrepreneurs sociaux,
 
Nous venons de dérouler notre rapport d’activité ; nous avons arrêté nos comptes ; nous devons désormais nous projeter dans la prochaine année, dans l’avenir. 
 
Notre association a obtenu les moyens d’amorçage de notre politique. Il s’agit maintenant de les mettre en œuvre. 
 
Nous sommes en phase de recrutement de nos chargés de mission et c’est un véritable changement d’échelle qui s’opère pour l’UNEA. Il est essentiel de bien construire, de bien former et de bien piloter ces chargés de mission. Et le pilotage à distance, nous le savons tous, est quelque chose de compliqué. Partout sur l’ensemble du territoire, nous devons apporter la même qualité d’information, le même niveau d’expertise. Etre plus proche de vous, les dirigeants, et développer avec les réseaux locaux un maximum d’échanges. 
 
La boite à outil du chargé de mission est importante. Il doit promouvoir la RSE sur le territoire, favoriser l’Académie UNEA, le développement de la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences, les filières métier, l’emploi des jeunes et le recours aux contrats d’apprentissages et d’alternance. 
Et puis, comme nous devons toujours voir plus loin, il est essentiel de penser financement. Il faut donc que nos chargés de mission soient aussi en recherche de financement pour leur propre pérennité, pour le développement, à terme, d’un chargé de mission dans chacune des régions administratives et ce sont encore de grands territoires…
 
Le renforcement de notre approche des politiques sur leur territoire par les Délégués régionaux doit pouvoir prendre forme ; le prochain séminaire sera dédié à cela. Nous devons, nous aussi en tant que dirigeants, être forts politiquement. Ce n'est pas essentiel, ce n’est pas nécessaire, c’est fondamental ! 
Nous devons être vigilants sur la tenue des engagements qui ont été pris. Nous savons à quel point il a été difficile de faire respecter le Pacte pour l’Emploi, et le financement des 3000 aides au poste. 
Nous devrons être bien plus vigilants pour les 5000 aides au poste du Contrat de développement responsable et performant, et nous devrons, cette fois-ci, tenir les délais. 
 
Le démarrage de l’année est compliqué, l’utilisation de la fongibilité attend toujours ses signatures pour une utilisation régionale. La complexité persiste également pour la répartition juste des aides au poste. Lors des rééquilibrages, lors de la distribution de début d’année, le rééquilibrage territorial pour de nouvelles Entreprises Adaptées et la priorité de couverture des emplois créés devrait être appliqué. Ce n’est pas le cas. Nous devons défendre tous ces points, et bien d’autres, politiquement.
 
 
A l’occasion de nos 30 ans et de mes 17 ans dans le secteur, j’en profite pour faire une petite digression : les changements, on les constate aussi lorsque l’on se retourne. Ils ne sont pas toujours dans les rapports d’orientation en tant que tels. Et pourtant, je me souviens de ces congrès où l’amalgame permanent avec les ESAT nous agaçait, nous intolérait lorsqu’il s’agissait de concurrence économique. J’ai bien le sentiment que cette ère est révolue, preuve de notre réussite entrepreneuriale. On nous identifie de plus en plus pour ce que nous sommes et sans besoin de comparaison. Le respect entre nos secteurs est réel. Il en est de même avec des réseaux comme le GESAT ou d’autres, où nous avons su faire la part des choses par la compréhension des activités de chacun, d’autant plus quand elles sont complémentaires.
 
Nous cherchons en permanence à ce que notre modèle soit compris, mais nous devons nous aussi chercher à mieux comprendre nos partenaires, et plus particulièrement les signataires du Contrat de développement, les acteurs du handicap, les nouveaux comme les anciens. 
 
Il y a une transition naturelle à vous parler d’UTOPRENEUR : le changement d’échelle de nos Entreprises Adaptées. 
Quand quelque chose démarre mal, il vaut mieux arrêter pour mieux reconstruire. D’abord, je ne pense pas qu’une seule personne ici imagine qu’un rapprochement avec le secteur de l’insertion, la FEI, signifierait pour moi, un éloignement de l’emploi durable, pierre angulaire de notre modèle. 
Le changement d’échelle est essentiel pour nous, les entrepreneurs sociaux. Entreprendre c’est grandir, et c’est en grandissant que l’on découvre les obstacles. L’accompagnement à la croissance est nécessaire, qu’il soit économique, ou stratégique. Nous avons 6 mois pour communiquer, pour échanger au sein des CA respectifs, pour partager sur ce beau projet d’accompagnement au changement d’échelle et j’espère que nous remettrons correctement ce projet sur les rails.
 
Mais revenons sur nos perspectives d’avenir : 
 
Je le disais dans le rapport moral, nous avons besoin de prendre notre destin en main. Je suis d’un naturel optimiste, je suis d’un naturel combatif. Ceux qui me connaissent, le savent bien. Cependant j’estime qu’il est de mon rôle d’être réaliste. 
Nous ne pourrons pas continuer ce combat permanent parce que c’est un combat récurant, usant, fatiguant et sans fin. Pas une année depuis que je suis au bureau s’est passée sans devoir surveiller les attributions, se battre pour que les engagements soient tenus, et comme le diable se cache toujours dans les détails, il y a toujours au national comme sur les territoires de nombreux dysfonctionnements ou consignes qui viennent perturber et, parfois, détruire tous le travail que nous menons. 
Et puis il y a aussi du plus lourd avec le rapport IGF IGAS qui présente une synthèse manichéenne, de surcroît orientée sur de mauvaises pistes. Même si par bonheur, par chance – chance que nous avons provoquée – ceux avec qui nous avons travaillé, écrit et signé le Contrat de développement responsable et performant ont préféré nous écouter et nous comprendre, comprendre le fonctionnement d’une entreprise à vocation sociale, sa capacité de développement de l’emploi et son rôle auprès des plus fragiles. Mais attention ! Nous le savons, nos détracteurs travaillent encore fortement contre nous et notre développement.
 
Il y a des jours où je m’interroge. L’UNEA aujourd’hui est forte, a plutôt le lead, nous l’avons vu. Mais que se passera t-il le jour où comme toute organisation nous aurons la moindre petite crise institutionnelle ?
Nous ne pouvons pas continuer d’être à ce point dépendant de l’administration, des contingentements, des agréments, du bon vouloir de chacun.
Nous avions considérablement avancé avec la Loi de 2005, avec notre arrivée dans le marché concurrentiel. Le droit des personnes avait considérablement progressé. Pourtant, j’ai le sentiment, que depuis cette date, chaque jour qui passe éloigne l’entreprise ordinaire que nous sommes, de l’entreprise classique comme nous avons l’habitude à tort de la qualifier… Hors, la vraie inclusion de la personne handicapée avec son niveau de fragilité, c’est de travailler dans de vraies entreprises, avec les mêmes droits et devoir que n’importe quel salarié.
 
Aussi je vous l’affirme, les signaux positifs du contrat de développement et du PIA, doivent être l’occasion de prendre une nouvelle dimension, parce que nous ne pouvons continuer ainsi dans un combat de position, un combat de tranché stérile, mais surtout parce que nous sommes des entrepreneurs sociaux, parce que nous avons la vocation, la vocation de grandir, la vocation de l’emploi de la personne handicapée.
 
Alors je souhaite partager avec vous mes réflexions:
J’avais émis le rêve suivant dans mon discours auprès de la ministre du Travail, Myriam El Khomri, le 9 mars dernier, je cite :
 
« Je rêve que le taux de chômage des personnes handicapées s’aligne naturellement avec celui des personnes dites valides. Pas plus, pas moins de chômeur. C’est ça l’égalité des chances, la non-discrimination. 
Je rêve que les Entreprises Adaptées deviennent la référence technique et d’expertise pour l’accompagnement socio-professionnel des personnes handicapées auprès de toutes les entreprises. 
Que l’Entreprise Adaptée soit une sorte de « laboratoire » de l’inclusion de la personne handicapée au sein d’entreprise tout à fait ordinaire, qu’elle serve d’exemple, de modèle, qu’elle s’ouvre pour montrer que c’est possible. 
Je rêve d’un modèle d’Entreprise Adaptée plus inclusif avec certainement plus de personnes dites valides, avec certainement plus de mixité. 
Je rêve d’un retour sur investissement pour l’Etat mesuré de manière instantanée lui permettant de réinvestir encore. 
Je rêve d’un dialogue de gestion responsable et partagé avec l’administration. 
Je rêve d’un modèle entrepreneurial au cœur de l’Economie social et solidaire. »
 
Alors ce rêve en fait, il ne faut pas seulement qu’il se réalise, qu’il se concrétise, il faut qu’il aille plus loin. Nous devons désormais porter des propositions concrètes pour diminuer le taux de chômage des personnes handicapées. 
 
Nous devons être un laboratoire ouvert qui montre et partage son savoir-faire. 
Nous devons faire en sorte que toutes les entreprises que tous les employeurs, dont nous sommes, soient plus inclusifs. 
Nous devons voir grand, voir sous un angle global. 
Nous devons faire en sorte que l’inclusion professionnelle ne soit pas réservée à un « petit secteur » mais bien qu’elle s’applique à tous, et partout. 
 
Faisons notre révolution ! La compensation des personnes les plus fragilisées ne devrait pas nous être destinée à nous seuls, elle devrait être destinée à tous les employeurs. L’aide au poste compense le différentiel de productivité des plus fragiles, c’est une réalité nous le savons tous. Nous en avons besoins, alors il n’y a pas lieu qu’elle soit aussi limitative. 
Le renforcement et le besoin de professionnalisation est aussi une réalité. Il ne s’arrête pas aux seuls salariés des Entreprises Adaptées mais bel et bien au 65% des 500 000 chômeurs handicapés qui ont un très faible niveau de qualification et qui sont véritablement éloignés de l’emploi. 
Nous devons aussi promouvoir l’accompagnement des personnes par n’importe qu’elle entreprise qui les emploie. Pourquoi ne pas soutenir, à l’image des Entreprises Adaptées, toutes les entreprises ? Pour un même public, le besoin de compensation est le même. 
C’est ainsi que nous pourrons définitivement nous inclure nous aussi dans le marché réel des entreprises. Bien sûr, il y a de très nombreux points de vigilance que nous devons intégrer, étudier, cadrer. Nous ne devons surtout pas sous-estimer notre expérience, nos compétences, nos savoir-faire. 
Pour autant, toutes les entreprises qui embauchent des personnes handicapées éloignées de l’emploi doivent disposer des mêmes droits parce qu’elles embauchent les mêmes personnes. Elles doivent bien évidement rendre compte, comme nous, et être inclusives comme nous. 
 
Pour être très clair, dans ce schéma, nous pourrions vivre une véritable mutation mais une mutation positive au profit du vrai droit commun. Nous n’aurions plus que des entreprises inclusives, ou non inclusives d’ailleurs, en fonction de leur taux d’emploi de personnes handicapées. Nous aurions une Union Nationale des Entreprises Inclusives pour représenter les plus actives, dans tous les champs d’activités, public comme privé, association comme entreprise commerciale, petite, intermédiaire, comme grand groupe. 
 
Bien sûr, tout ceci n’est que réflexion et je suis volontairement provoquant, afin que nous puissions ensemble faire évoluer le carcan dans lequel nous sommes, avec lequel nous pourrions sombrer. C’est pour moi une évidence, nous devons réellement prendre une autre dimension en utilisant nos forces plutôt que nos faiblesses.
 
Pour conclure sur cette perspective je souhaite vous transmettre quelques chiffres : 
Il y a ceux que nous connaissons bien. 
Nous employons 30 000 salariés dont 25 000 personnes handicapées ; nous signons en moyenne 10 000 contrats à l’année. Notre budget global est 420 millions d’Euros et nous avons un retour sur investissement équilibré. A chaque embauche, il y a un gain social de 10 000€.
 
Prendre une autre dimension c’est intégré que :
  • 500 000 personnes handicapées sont au chômage dont 115 000 perçoivent l’AAH, 
  • 2 600 000 personnes ont une reconnaissance administrative de leur handicap, 
  • 920 000 personnes travaillent dans les entreprises de plus de 20 salariés, ce qui représente un taux d’emploi de 36% contre 65% pour la totalité de la population.
  • le coût de l’invalidité pour la France est de 30 milliards d’Euros,
  • le coût total de l’AAH est de 8 milliards d’Euros,
  • le coût de la branche ATMP est de 8 milliards d’Euros.
 
Alors j’espère pouvoir utiliser le demi mandat qu’il me reste pour vous convaincre, pour convaincre l’Etat que nous pouvons faire mieux que ce que nous faisons aujourd’hui, dans une vision globale, rentable pour l’Etat, et pour une vraie prise en compte de toutes les personnes handicapées exclues de l’emploi.
 

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